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Sextorsion : on me fait chanter avec mes photos, que faire ?

Sextorsion : ne payez pas, ne répondez plus, gardez les preuves. Chantage puni de sept ans et 100 000 € quand il passe par internet avec des images sexuelles, plainte en ligne sur THESEE, 3018, retrait des contenus et rôle de l'avocat.

24 octobre 20269 min de lecture

Quelqu'un menace de diffuser vos photos ou vos vidéos intimes si vous ne payez pas. Vous avez peur, vous avez honte, et vous ne savez pas à qui en parler. La sextorsion est un délit, et vous en êtes la victime. Rien de ce que vous avez envoyé ou montré ne vous rend coupable. Un avocat vous écoute en 20 minutes sur Avocat20min.fr.

Cet article donne d'abord les gestes à faire tout de suite. Il explique ensuite ce que dit la loi, comment porter plainte et comment faire retirer les images.

Les premiers gestes, dans l'ordre

La sextorsion joue sur la panique. Prenez quelques minutes, puis suivez ces étapes :

  1. Ne payez pas. Cybermalveillance.gouv.fr le rappelle : un paiement n'arrête presque jamais le chantage. L'auteur revient avec une nouvelle demande.
  2. N'envoyez aucune autre image. Il en demandera d'autres, et chaque envoi lui donne plus de prise.
  3. Ne répondez plus, puis bloquez-le. Répondre montre votre inquiétude et fait monter la pression.
  4. Gardez les preuves avant de bloquer : captures d'écran des messages, pseudonyme, lien du profil, adresse du portefeuille ou du compte de paiement demandé, dates et heures.
  5. Verrouillez vos comptes. Rendez vos réseaux sociaux privés et limitez la liste de vos abonnés visibles.
  6. Prévenez vos proches si l'auteur les connaît : dites-leur de ne rien ouvrir et de ne rien partager.
  7. Parlez-en. Le 3018 et le 116 006 répondent gratuitement, sans jugement.

Si vous pensez être en danger immédiat, appelez le 17 ou le 112. Les personnes sourdes ou malentendantes peuvent écrire au 114.

Sextorsion : de quoi parle-t-on ?

La sextorsion désigne un chantage à partir d'images ou de vidéos à caractère sexuel. Le scénario revient souvent : une rencontre sur un réseau social ou un site de rencontre, une conversation qui devient intime, un appel vidéo enregistré à votre insu, puis la menace.

Il existe trois grandes variantes :

  • Le chantage réel. L'auteur détient bien des images, que vous lui avez envoyées ou qu'il a enregistrées.
  • Le compte piraté. Il a pris le contrôle de votre messagerie ou de votre stockage en ligne et y a trouvé des photos privées.
  • Le faux chantage. Un courriel prétend que votre ordinateur ou votre webcam a été piraté, sans aucune preuve. Cybermalveillance.gouv.fr précise qu'aucune victime n'a vu ces menaces mises à exécution. Il s'agit d'une arnaque de masse : ne répondez pas, ne payez pas, changez votre mot de passe s'il apparaît dans le message.

Dans les trois cas de sextorsion, la réponse de départ reste la même : pas de paiement, des preuves, un signalement.

Ce que dit la loi

Le chantage figure à l'article 312-10 du code pénal. Il consiste à obtenir de l'argent, un bien ou un engagement en menaçant de révéler des faits qui portent atteinte à l'honneur. La loi du 21 mai 2024 (loi SREN) a ajouté une circonstance propre à la sextorsion, plus sévère.

Faits Article du code pénal Peine maximale
Chantage 312-10 5 ans et 75 000 €
Chantage en ligne avec des images sexuelles, ou pour en obtenir 312-10, alinéa 3 7 ans et 100 000 €
Menace mise à exécution 312-11 7 ans et 100 000 €
Diffusion d'images sexuelles sans accord 226-2-1 2 ans et 60 000 €
Montage sexuel ou image générée par IA, diffusé en ligne 226-8-1 3 ans et 75 000 €
Accès frauduleux à un compte ou un système 323-1 3 ans et 100 000 €

Texte consolidé au 20 octobre 2026. La tentative de chantage se punit comme le chantage lui-même (article 312-12). Autrement dit, l'auteur commet déjà un délit en vous menaçant, même s'il n'obtient rien.

Le partage d'une image intime reste interdit sans votre accord, même si vous l'aviez envoyée vous-même. L'article 226-2-1 le dit expressément. Notre guide sur les photos intimes diffusées détaille ce cas.

Si la victime a moins de 18 ans

Les images d'un mineur à caractère sexuel relèvent de règles bien plus lourdes. Leur détention ou leur diffusion constitue un délit à part entière (article 227-23 du code pénal), jusqu'à sept ans de prison quand elles circulent en ligne. Le jeune ne commet aucune faute en signalant les faits, même s'il a lui-même envoyé une photo.

Si votre enfant vous en parle, remerciez-le de sa confiance et ne le grondez pas. Service-public propose aux mineurs un service de signalement dédié, et le 3018 aide les jeunes comme les parents. Si c'est votre enfant qui a partagé l'image d'un autre élève, lisez notre article sur la responsabilité des parents d'un enfant mineur.

Compte piraté : reprendre la main

La sextorsion commence parfois par un vol de compte. Dans ce cas, agissez sur deux fronts.

  • Récupérez l'accès par la procédure officielle du service (lien « mot de passe oublié », formulaire de compte piraté).
  • Changez vos mots de passe, en commençant par l'adresse e-mail principale, puis activez la double authentification.
  • Déconnectez les appareils inconnus depuis les réglages de sécurité.
  • Notez ce que vous constatez : heure de la prise de contrôle, messages envoyés en votre nom, alertes de connexion.

Le piratage forme une infraction distincte du chantage (article 323-1 du code pénal). Mentionnez-le dans votre plainte. Le service public 17Cyber, lancé fin 2024 par la police, la gendarmerie et Cybermalveillance.gouv.fr, propose en ligne un diagnostic et des conseils, à toute heure.

Garder les preuves sans se mettre en danger

Dans une affaire de sextorsion, la preuve sert à retrouver l'auteur et à le faire condamner. Elle doit rester complète et datée.

  • Faites des captures d'écran qui montrent l'identifiant de l'auteur, la date et l'heure.
  • Copiez les liens des profils et des publications, pas seulement le pseudonyme.
  • Conservez les messages dans l'application, sans les supprimer, même après le blocage.
  • Notez les montants et les coordonnées de paiement réclamés. Si vous avez déjà payé, gardez le justificatif et appelez votre banque sans attendre.
  • Ne transférez jamais les images à des amis « pour leur montrer ». Gardez-les pour l'enquête.

Pour une publication sur un site, un constat de commissaire de justice donne une preuve plus solide qu'une capture. Il a un coût, que l'avocat pourra demander au tribunal de mettre à la charge de l'auteur.

Porter plainte pour sextorsion

Vous avez plusieurs voies. Vous choisissez celle qui vous convient.

  • En ligne, sur THESEE. Le décret n° 2024-867 du 13 août 2024 a ouvert la plainte en ligne au chantage commis sur internet. On y accède depuis service-public.fr, rubrique des arnaques sur internet. Cette voie reste facultative : la loi interdit de vous l'imposer.
  • Au commissariat ou à la brigade de gendarmerie de votre choix. Les enquêteurs doivent enregistrer votre plainte. Ils n'ont pas à vous renvoyer vers un autre service.
  • Par lettre au procureur de la République, adressée au tribunal judiciaire, de préférence en recommandé avec accusé de réception.

Pour une plainte pour sextorsion, apportez vos preuves sur une clé USB ou imprimées. Vous pouvez venir accompagné d'une personne de confiance ou de votre avocat. Pour un délit, le délai pour porter plainte atteint six ans à compter des faits (article 8 du code de procédure pénale), mais une plainte rapide facilite le travail des enquêteurs.

Signalez aussi les contenus sur PHAROS, la plateforme du ministère de l'Intérieur (internet-signalement.gouv.fr). Un signalement ne remplace pas une plainte, mais il alerte les services spécialisés.

Faire retirer les images

Si l'auteur de la sextorsion a publié quelque chose, demandez le retrait sans attendre l'issue de l'enquête.

  • Signalez le contenu à la plateforme avec l'outil prévu. Indiquez le lien exact et précisez qu'il s'agit d'images intimes diffusées sans votre accord.
  • Demandez le déréférencement aux moteurs de recherche, par leur formulaire dédié.
  • Saisissez la CNIL si le site ne répond pas dans un délai d'un mois.
  • Appelez le 3018, qui peut intervenir auprès des réseaux sociaux pour accélérer le retrait.

Un avocat peut aussi demander au juge, en urgence, d'ordonner la suppression d'un contenu qui résiste.

Les numéros et services gratuits

Service Pour quoi Contact
17 ou 112 Danger immédiat Par téléphone
114 Urgence par SMS, personnes sourdes ou malentendantes Par SMS
3018 Violences numériques, aide au retrait des contenus 7 jours sur 7, de 9 h à 23 h, aussi sur 3018.fr
116 006 Aide aux victimes, réseau France Victimes Tous les jours, gratuit
0 805 805 817 Info Escroqueries, ministère de l'Intérieur Du lundi au vendredi
PHAROS Signalement des contenus illicites internet-signalement.gouv.fr
17Cyber Diagnostic et conseils en ligne 17cyber.gouv.fr

Horaires relevés sur service-public et Cybermalveillance.gouv.fr en octobre 2026.

Quand un avocat devient utile

Face à une sextorsion, vous pouvez porter plainte seul. Un avocat devient précieux dès que la situation se complique :

  • l'auteur vous connaît ou vit près de chez vous ;
  • les images circulent déjà ;
  • vous avez payé et voulez récupérer l'argent ;
  • la victime est mineure ;
  • la plainte n'avance pas et vous souhaitez une plainte avec constitution de partie civile devant le juge d'instruction.

L'avocat rédige une plainte précise, demande le retrait des contenus et vous représente comme partie civile au tribunal correctionnel. Il réclame aussi des dommages et intérêts pour votre préjudice moral. Il ne peut pas promettre l'identification de l'auteur, souvent caché à l'étranger, mais il fait valoir tous vos droits.

L'aide juridictionnelle peut couvrir ses honoraires. En 2026, elle reste totale pour une personne seule dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas 12 957 €. Le point-justice le plus proche, au 30 39, propose aussi une première consultation gratuite. Un avocat en droit pénal peut vous répondre en 20 minutes.

Les conseils officiels figurent sur la fiche sextorsion de Cybermalveillance.gouv.fr.

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La sextorsion fait partie des violences numériques et des démarches face à la police. Nos autres guides :

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