Mes photos intimes diffusées par mon ex : que faire ?
Photos intimes diffusées sans votre accord : même envoyées par vous, leur partage relève du revenge porn, puni de deux ans de prison. Preuves, retrait par les plateformes, PHAROS, 3018, référé et plainte, dans l'ordre.
Une photo ou une vidéo intime de vous circule, envoyée à vos proches ou publiée en ligne. Vous avez honte, peur, et l'impression que tout le monde l'a vue. Respirez : la faute revient à celui qui diffuse, jamais à vous. Des photos intimes diffusées sans votre accord peuvent disparaître des plateformes, et leur auteur risque la prison. Un avocat fait le point avec vous en 20 minutes sur Avocat20min.fr.
Voici les gestes utiles face à des photos intimes diffusées, dans l'ordre où ils comptent.
Les trois premiers gestes
- Ne supprimez rien tout de suite. Avant tout retrait, gardez la trace de la diffusion.
- Ne répondez pas aux menaces et ne payez rien si l'on vous fait chanter.
- Parlez-en à une personne de confiance ou à une ligne d'écoute gratuite.
Si vous êtes en danger, appelez le 17 ou le 112. Le 114 reçoit les SMS si vous ne pouvez pas parler.
Pour une écoute, France Victimes répond gratuitement au 116 006. Si vous avez moins de 18 ans, ou si vous êtes jeune, le 3018 vous aide : gratuit, anonyme, ouvert 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h, par téléphone, tchat ou application.
Garder les preuves avant le retrait
Le retrait des photos intimes diffusées efface aussi les preuves. Prenez donc quelques minutes pour tout conserver :
- Des captures d'écran de la publication, avec la date, l'heure et le nom du compte.
- L'adresse exacte (URL) de chaque page ou publication, copiée dans un document.
- Les messages de l'auteur : menaces, chantage, aveux.
- La liste des personnes qui vous ont prévenue, avec leurs messages.
Si possible, demandez à une amie de faire ces captures pour ne pas revoir les images vous-même. Pour une preuve plus solide, un commissaire de justice peut dresser un constat en ligne, à vos frais.
Faire retirer les photos intimes diffusées
Trois voies existent pour des photos intimes diffusées en ligne, et vous pouvez les mener en même temps.
Le signalement aux plateformes
Les réseaux sociaux, messageries et sites pour adultes proposent tous un formulaire de signalement pour les images intimes non consenties. Choisissez le motif « nudité » ou « contenu intime partagé sans consentement ». Signalez aussi le compte de l'auteur.
Le 3018 dispose du statut de signaleur de confiance. Ses demandes de retrait passent en priorité, souvent en quelques heures.
L'outil StopNCII.org, gratuit, crée une empreinte numérique de vos images depuis votre téléphone, sans les envoyer. Les plateformes partenaires bloquent ensuite toute nouvelle publication identique.
PHAROS et les moteurs de recherche
La plateforme officielle PHAROS recueille les signalements de contenus illicites en ligne. Des policiers et gendarmes les traitent et peuvent alerter la justice. PHAROS ne remplace pas une plainte.
Pour un moteur de recherche, demandez le déréférencement des pages où figurent vos photos intimes diffusées. Le RGPD vous donne aussi un droit à l'effacement auprès du site. Sans réponse, vous pouvez saisir la CNIL d'une plainte, en joignant vos démarches.
Le juge, en urgence
L'article 9 du Code civil permet au juge d'ordonner toute mesure pour faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée, en référé s'il y a urgence. Un avocat peut ainsi obtenir une décision de retrait contre l'auteur, l'hébergeur ou le site, et demander des dommages et intérêts.
Le revenge porn, ce que dit la loi
Le revenge porn, ou « pornodivulgation », vise la diffusion de photos intimes ou de vidéos sexuelles sans l'accord de la personne. L'article 226-2-1 du Code pénal le sanctionne même si vous avez accepté la prise de vue, ou envoyé l'image vous-même.
Votre accord pour une photo ne vaut jamais accord pour sa diffusion : des photos intimes diffusées sans votre oui tombent sous le coup de la loi. Peu importe aussi le nombre de destinataires : un seul tiers suffit.
| Faits | Article du Code pénal | Peine maximale |
|---|---|---|
| Diffuser des images ou paroles sexuelles sans accord | 226-2-1 | 2 ans et 60 000 € |
| Filmer ou photographier en secret dans un lieu privé | 226-1 | 1 an et 45 000 € |
| Même faits par le conjoint, le concubin ou le partenaire de PACS | 226-1 | 2 ans et 60 000 € |
| Diffuser un montage ou un deepfake sexuel | 226-8-1 | 2 ans et 60 000 €, 3 ans et 75 000 € en ligne |
| Chantage avec des images sexuelles, en ligne | 312-10 | 7 ans et 100 000 € |
| Diffuser l'image sexuelle d'un mineur | 227-23 | 5 ans et 75 000 €, 7 ans et 100 000 € en ligne |
Depuis la loi n° 2024-449 du 21 mai 2024, dite SREN, le Code pénal vise aussi les contenus sexuels générés par intelligence artificielle. Une fausse image qui vous représente constitue donc une infraction, même si vous n'avez jamais posé.
Si l'on vous menace de publier vos images contre de l'argent ou d'autres images, il s'agit d'un chantage. Lisez notre guide sur la sextorsion.
Porter plainte pour la diffusion
Une règle compte ici : pour les infractions des articles 226-1 à 226-2-1, la justice ne peut poursuivre que sur plainte de la victime (article 226-6 du Code pénal). Sans plainte de votre part, l'auteur ne sera pas jugé pour la diffusion.
Pour des photos intimes diffusées, vous pouvez porter plainte dans un commissariat ou une gendarmerie, qui ne peut pas la refuser. Vous pouvez aussi écrire au procureur de la République du tribunal judiciaire. Apportez vos captures, les URL et l'identité de l'auteur si vous la connaissez.
Vous avez six ans à compter de la diffusion pour agir, comme pour la plupart des délits (article 8 du Code de procédure pénale). Mieux vaut pourtant agir vite, tant que les traces techniques existent.
L'auteur des faits est souvent un ex-conjoint. La diffusion s'inscrit alors parfois dans un climat de violences, et d'autres protections existent : notre article sur le viol conjugal présente l'ordonnance de protection. Si votre titre de séjour dépend de votre couple, voyez aussi le guide sur le titre de séjour en cas de violences conjugales.
Si les images montrent des violences sexuelles subies à plusieurs, notre guide sur le viol en réunion vous oriente.
Après la diffusion, prendre soin de soi
La diffusion d'images intimes provoque souvent un choc comparable à une agression : honte, insomnie, peur de sortir, isolement. Ces réactions sont normales. Elles ne disent rien de votre valeur.
Quelques appuis comptent dans les semaines qui suivent :
- Un médecin ou un psychologue, qui peut aussi attester de l'impact sur votre santé. Ce certificat soutiendra votre demande de réparation.
- Une association d'aide aux victimes, joignable par le 116 006, qui vous accompagne gratuitement dans les démarches.
- Votre employeur ou votre établissement scolaire, si les photos intimes diffusées circulent dans ce cadre. Prévenus, ils peuvent agir pour faire cesser la diffusion entre collègues ou élèves.
- Une veille régulière : tapez votre nom dans les moteurs de recherche toutes les semaines, et signalez toute nouvelle publication.
Si l'auteur reste inconnu, derrière un faux compte, portez plainte contre X. Les enquêteurs peuvent demander aux plateformes les données d'identification du compte.
Ce qu'apporte un avocat
Vous pouvez signaler et porter plainte seule. Un avocat devient utile quand les photos intimes diffusées ne disparaissent pas, quand l'auteur se cache derrière un faux compte ou quand vous voulez une réparation.
Il peut :
- saisir le juge des référés pour obtenir un retrait rapide ;
- rédiger une plainte précise, avec les bons articles et les pièces ;
- vous constituer partie civile et demander des dommages et intérêts ;
- écrire aux hébergeurs et aux moteurs de recherche, avec la décision du juge.
L'aide juridictionnelle peut couvrir ses honoraires, selon vos revenus. Vous trouverez un avocat en droit pénal dans notre annuaire. Aucun avocat ne peut vous promettre la disparition totale des images, mais chaque démarche réduit leur circulation.
Questions fréquentes
Commentaires
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