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Convoqué par la police pour une audition libre : faut-il y aller ?

Audition libre : la convocation de la police oblige à venir, mais vous pouvez repartir à tout moment, vous taire et venir avec un avocat. Vos droits selon l'article 61-1 du code de procédure pénale, la préparation et les suites possibles.

24 octobre 20269 min de lecture

Un appel ou un courrier vous demande de passer au commissariat ou à la gendarmerie « pour une audition ». Vous ne savez pas pourquoi, ni si vous risquez de rester sur place. L'audition libre n'a rien d'une garde à vue, mais elle peut marquer le début d'une enquête contre vous. Mieux vaut s'y préparer. Un avocat vous conseille en 20 minutes sur Avocat20min.fr.

Cet article explique s'il faut répondre à la convocation de la police, quels droits vous gardez pendant l'audition et ce qui peut se passer ensuite.

En bref : faut-il y aller ?

Oui. L'article 78 du code de procédure pénale oblige toute personne convoquée par un officier de police judiciaire à comparaître. Mais une fois sur place, en audition libre, vous gardez des droits forts :

  • vous pouvez quitter les lieux à tout moment ;
  • vous pouvez répondre, faire des déclarations ou vous taire ;
  • vous pouvez venir avec un avocat si les faits relèvent d'un crime ou d'un délit puni de prison ;
  • vous connaissez la nature, la date et le lieu des faits qu'on vous reproche.

Le bon réflexe consiste donc à se rendre à l'audition libre, préparé, et le plus souvent accompagné d'un avocat.

Audition libre : de quoi s'agit-il ?

L'audition libre permet à un enquêteur d'entendre une personne soupçonnée d'avoir commis ou tenté de commettre une infraction, sans la retenir. Service-public la décrit comme une mesure qui marque souvent le début d'une enquête.

Elle se distingue de deux autres situations :

Situation Votre statut Pouvez-vous partir ? Avocat
Audition comme témoin (art. 62) Aucun soupçon contre vous Oui, mais retenue possible jusqu'à 4 heures si l'enquête l'exige Non prévu
Audition libre (art. 61-1) Suspect Oui, à tout moment Oui, pour un crime ou un délit puni de prison
Garde à vue (art. 62-2 et suivants) Suspect retenu Non Oui, dès le début

Articles du code de procédure pénale, texte consolidé au 23 octobre 2026.

Un témoin peut basculer en audition libre en cours d'entretien. Si des raisons plausibles de le soupçonner apparaissent, l'enquêteur doit lui notifier sans délai ses droits de suspect (article 62).

La convocation : ce qu'elle doit vous dire

La convocation à une audition libre peut arriver par courrier, par téléphone, par SMS ou par courriel. Elle émane d'un policier, d'un gendarme ou d'un agent habilité, comme un inspecteur du travail ou un agent des douanes.

Quand elle prend une forme écrite, et si l'enquête le permet, l'article 61-1 exige qu'elle indique :

  • l'infraction dont vous êtes soupçonné ;
  • votre droit à l'assistance d'un avocat ;
  • les conditions de l'aide juridictionnelle et la façon d'obtenir un avocat commis d'office ;
  • les lieux où obtenir des conseils juridiques avant l'audition.

L'enquêteur peut taire le motif pour éviter une fuite, la destruction de preuves ou des pressions sur la victime. Un appel sans explication ne prouve donc rien sur la gravité de l'affaire. Notez le nom de l'enquêteur, son service et son numéro.

Que se passe-t-il si je n'y vais pas ?

Ne pas se présenter à une audition libre expose à un recours à la force. L'article 78 permet à l'officier de police judiciaire, avec l'autorisation préalable du procureur de la République, de vous faire conduire par la force publique. Le procureur peut même l'autoriser sans convocation préalable dans certains cas : risque pour les preuves, pressions sur des témoins, concertation entre complices.

Une personne amenée sous la contrainte ne relève plus de l'audition libre (dernier alinéa de l'article 61-1). Si les conditions légales sont réunies, l'enquêteur peut alors la placer en garde à vue, avec 24 heures de privation de liberté à la clé. Notre article sur la garde à vue et ses droits détaille ce régime.

Si la date ne vous convient pas, appelez l'enquêteur pour proposer un autre créneau, par exemple pour venir avec votre avocat. Il fixe lui-même le délai et n'a pas à vous entendre immédiatement, ce qui laisse en pratique une marge de discussion. Il n'est toutefois pas tenu d'accepter.

Vos droits pendant l'audition libre

L'enquêteur vérifie d'abord votre identité. Il vous notifie ensuite vos droits, qu'il mentionne au procès-verbal. Selon l'article 61-1 du code de procédure pénale, vous avez le droit :

  1. de connaître les faits : leur qualification, leur date et leur lieu présumés ;
  2. de quitter les locaux à tout moment ;
  3. d'avoir un interprète si vous ne comprenez pas le français ;
  4. de faire des déclarations, de répondre aux questions ou de vous taire ;
  5. d'être assisté par un avocat, choisi ou commis d'office, pour un crime ou un délit puni d'emprisonnement ;
  6. d'obtenir des conseils juridiques, le cas échéant gratuits, dans une structure d'accès au droit.

L'audition libre n'a pas de durée fixée par la loi. Vous ne pouvez pas être menotté pendant le trajet ni conduit de force dans un véhicule, puisque vous venez de vous-même.

Le droit de partir, en pratique

Ce droit existe vraiment. Mais si vous partez alors que l'enquêteur estime votre présence indispensable, il peut vous placer en garde à vue, à condition que la loi le permette (un délit puni de prison et l'un des objectifs de l'article 62-2). Partir reste donc une décision à prendre avec votre avocat, pas sous le coup de l'émotion.

Le droit de se taire

Vous pouvez refuser de répondre à tout ou partie des questions. Le silence ne constitue pas une infraction. Il peut servir quand vous découvrez des faits sans connaître le dossier. Votre avocat vous aide à choisir entre silence, déclaration écrite préparée et réponses aux questions.

Le rôle de l'avocat en audition libre

L'avocat assiste à l'audition et aux confrontations. À la fin de chaque audition, il peut poser des questions ; l'enquêteur ne peut s'y opposer que si elles nuisent au bon déroulement de l'enquête (article 63-4-3). Il peut aussi rédiger des observations écrites, jointes à la procédure.

Il n'a en revanche pas accès au dossier ni aux procès-verbaux, selon service-public. D'où l'intérêt d'un échange avec lui avant l'audition libre, pour préparer les questions probables et vos réponses.

Les frais restent à votre charge, sauf si vous remplissez les conditions de l'aide juridictionnelle. En 2026, elle reste totale pour une personne seule dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas 12 957 €. Vous pouvez aussi demander un avocat commis d'office au bâtonnier.

Vous pouvez enfin accepter de poursuivre l'audition sans votre avocat. Ce choix doit rester exprès : personne ne peut vous l'imposer.

Le procès-verbal : relire avant de signer

À l'issue de l'audition libre, l'enquêteur consigne vos déclarations dans un procès-verbal. Relisez-le ligne par ligne avant de le signer.

  • Faites corriger toute phrase qui ne reflète pas vos propos.
  • Si vous restez en désaccord, refusez de signer : le refus figure au procès-verbal.
  • Vous ne repartez pas avec une copie, et aucune vidéo n'enregistre l'audition, selon service-public.

Notez de mémoire, dès la sortie, les questions posées et vos réponses. Cette note aidera votre avocat pour la suite.

Comment se préparer à une convocation de la police

Quelques jours suffisent pour bien préparer une audition libre :

  • Lisez la convocation et notez l'infraction visée, la date, le service et l'enquêteur.
  • Consultez un avocat avant l'audition, même brièvement, surtout si vous êtes soupçonné.
  • Rassemblez les pièces utiles : pièce d'identité, convocation, documents liés aux faits (contrats, messages, factures).
  • Ne contactez pas la victime ni les témoins : cela pourrait passer pour une pression et justifier une garde à vue.
  • Prévenez votre employeur d'une absence si besoin, sans détailler le motif.
  • Prévoyez du temps : l'audition peut durer plusieurs heures.

Le cas d'un mineur convoqué

En audition libre, des garanties propres s'appliquent aux mineurs. L'enquêteur doit informer ses parents ou la personne qui en a la charge (article L. 412-1 du code de la justice pénale des mineurs). Pour un crime ou un délit puni de prison, si ni le mineur ni ses parents ne demandent d'avocat, l'enquêteur saisit le bâtonnier pour en désigner un d'office (article L. 412-2).

Notre article sur le mineur interpellé développe ces règles.

Et après l'audition libre ?

Plusieurs issues restent possibles :

  • Rien ne se passe. Si le procureur classe l'affaire sans suite, vous n'êtes pas reconvoqué.
  • Une nouvelle convocation par l'enquêteur, pour compléter l'enquête.
  • Une alternative aux poursuites, comme un avertissement pénal probatoire (qui a pris la place de l'ancien rappel à la loi), un stage ou une composition pénale.
  • Des poursuites devant le tribunal correctionnel, ou l'ouverture d'une information judiciaire.

Si des éléments vous mettent en cause, service-public indique qu'une fiche peut figurer au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ). Ce fichier se distingue du casier judiciaire, que notre article sur le casier judiciaire et son effacement présente.

Vous êtes convoqué comme victime

La convocation peut aussi venir après votre plainte, sans qu'il s'agisse d'une audition libre de suspect. Si l'enquêteur organise une confrontation avec la personne soupçonnée, vous pouvez demander l'assistance d'un avocat (article 61-2 du code de procédure pénale). Nos guides sur la sextorsion et le cyberharcèlement expliquent la plainte côté victime.

Quand prendre un avocat

Un avocat devient utile dès que la convocation vous désigne comme suspect, donc pour toute audition libre. Il vérifie la qualification des faits, prépare avec vous l'audition libre, vous assiste sur place et suit la procédure ensuite. Il ne peut pas promettre un classement sans suite, mais il évite les déclarations hâtives qui pèsent lourd plus tard.

Un avocat en droit pénal peut vous répondre en 20 minutes, avant même le jour de l'audition.

La fiche officielle se trouve sur service-public : l'audition libre.

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