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JurisprudenceDroit des étrangers

Un enfant de quatre ans en centre de rétention pendant dix-huit jours : la France condamnée

Un couple et son fils de quatre ans ont été retenus dix-huit jours au centre de rétention de Toulouse-Cornebarrieu. Le centre était équipé pour les familles, mais la Cour européenne des droits de l’homme a jugé que la durée de l’enfermement et ses conditions avaient dépassé ce qu’un si jeune enfant peut supporter. Elle reproche aussi aux autorités de ne pas avoir cherché une solution moins dure.

Juridiction
Cour européenne des droits de l’homme
Date
12 juillet 2016
Affaire
A.B. et autres c. France
Référence
requête n° 11593/12
ECLI
ECLI:CE:ECHR:2016:0712JUD001159312

Ce qui a été jugé

  • Violation de l’article 3 de la Convention à l’égard de l’enfant (unanimité).
  • Violation de l’article 5 §§ 1 et 4 à l’égard de l’enfant (unanimité).
  • Violation de l’article 8 pour toute la famille (unanimité).
  • Pas lieu d’examiner le grief tiré de l’article 13 combiné avec l’article 5.
  • La France doit verser 9 000 EUR pour dommage moral et 10 000 EUR pour frais et dépens.

Les faits

Les parents ont fui l’Arménie et sont arrivés en France le 4 octobre 2009 avec leur enfant, né en 2007. Leurs demandes d’asile ont été rejetées. Le 3 mai 2011, la préfecture leur a refusé un titre de séjour et leur a ordonné de quitter le territoire.

Le 17 février 2012, la famille est conduite au centre de rétention de Toulouse-Cornebarrieu. Elle y reste jusqu’au 5 mars 2012, soit dix-huit jours.

  • Le tribunal administratif juge inopérant l’argument tiré de l’intérêt de l’enfant, car la décision ne visait que les parents.
  • Le juge des libertés et de la détention prolonge la rétention de vingt jours et refuse que l’enfant intervienne à l’audience.
  • Le 15 novembre 2012, plus de huit mois après la libération, la cour administrative d’appel annule les placements en rétention : le préfet n’avait pas recherché une mesure moins coercitive.

La question posée

Le centre était habilité à recevoir des familles et ses équipements ne posaient pas problème. La question était donc différente de l’affaire Popov : un enfermement de plusieurs semaines peut-il, à lui seul, devenir un traitement contraire à la Convention pour un enfant en bas âge ?

La Cour a aussi examiné la régularité de la rétention de l’enfant et son droit à un recours (article 5), ainsi que le respect de la vie familiale (article 8).

Ce qui a été décidé

La Cour relève que le centre, construit au bord des pistes de l’aéroport, était exposé à un bruit très important. L’enfant devait assister à tous les entretiens et audiences de ses parents, côtoyait des policiers armés et entendait en permanence les annonces des haut-parleurs.

« au-delà d’une brève période, la répétition et l’accumulation de ces agressions psychiques et émotionnelles ont nécessairement des conséquences néfastes sur un enfant en bas âge »
§ 114

Pour la Cour, cette « brève période » a été dépassée avec dix-huit jours. Elle conclut à une violation de l’article 3 pour l’enfant.

  • Article 5 § 1 : rien ne montre que les autorités aient recherché si la rétention était une mesure de dernier ressort.
  • Article 5 § 4 : l’enfant n’a pas eu de recours au sens de la Convention ; la décision utile est arrivée plus de huit mois après la libération.
  • Article 8 : la famille vivait depuis plusieurs années dans un foyer pour demandeurs d’asile, le risque de fuite n’était pas démontré, et aucun vol n’a été organisé pendant les dix-huit jours.

Au titre de la « satisfaction équitable », c’est-à-dire de la réparation, la Cour accorde 9 000 EUR pour le dommage moral et 10 000 EUR pour les frais.

Ce que cette décision change

Cet arrêt va plus loin que l’affaire Popov : même dans un centre bien équipé, la durée compte. Plus l’enfermement d’un jeune enfant dure, plus il risque de devenir contraire à l’article 3. La Cour insiste aussi sur la recherche d’une solution moins dure que la rétention.

La Cour a examiné le droit en vigueur à l’époque, en 2012. Les règles françaises ont évolué depuis. Pour connaître celles qui s’appliquent à votre situation, faites-les vérifier par un avocat. Notre article sur la rétention administrative en CRA donne des repères généraux.

Si vous êtes dans une situation proche

  • Gardez toutes les décisions (refus de séjour, obligation de quitter le territoire, placement en rétention, décisions du juge) avec leur date de remise.
  • Les délais de recours sont très courts : contactez un avocat en droit des étrangers dès le début de la rétention.
  • Faites valoir la présence de votre enfant et ses besoins à chaque étape, devant chaque juge.
  • Si vous avez un hébergement stable ou un proche prêt à vous accueillir, apportez-en la preuve.
  • Selon vos revenus, l’aide juridictionnelle peut prendre en charge tout ou partie des honoraires de l’avocat.

Chaque dossier est différent : cette décision ne garantit aucun résultat dans une autre affaire.

Parler de votre situation à un avocat

Une décision éclaire le droit, elle ne dit pas ce qui vaut pour votre dossier. Un avocat vérifie vos documents et vos délais.

Questions fréquentes

Combien de temps un enfant peut-il rester en centre de rétention ?

La Cour européenne n’a pas fixé de durée maximale. Dans l’affaire A.B. et autres, elle a jugé qu’au-delà d’une brève période, l’enfermement d’un enfant en bas âge devient contraire à l’article 3, et que dix-huit jours dépassaient cette limite. Pour la durée légale actuelle, interrogez un avocat.

Un centre de rétention équipé pour les familles suffit-il ?

Non, selon cet arrêt. Le centre de Toulouse-Cornebarrieu était habilité pour les familles et bien équipé, mais le bruit, la présence policière et la durée ont suffi à constituer une violation pour l’enfant.

Que veut dire l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme ?

L’article 3 interdit la torture et les peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il s’applique à tous, quelle que soit leur situation de séjour. La Cour vérifie s’il est violé selon l’âge de la personne, la durée et les conditions de la mesure.

Pour aller plus loin

Fiche relue le 5 novembre 2026 à partir du texte officiel. Elle explique la décision à sa date : le droit a pu évoluer depuis. Citation : CEDH, 12 juillet 2016, A.B. et autres c. France, requête n° 11593/12.